Le tour de la Gaspésie en auto-stop

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Laissez-moi vous parler du voyage le plus roots que j’ai fait jusqu’à aujourd’hui: le tour de la Gaspésie, en sac à dos et « sur le pouce » comme on dit au Québec. Il date de juin 2014.

A la fin de mon année d’études au Canada, le garçon que j’y ai rencontré et moi-même avons décidé de profiter du mois de juin pour voir un peu plus du Québec. Après des plans sur la comète, comme l’envie de faire la côte Nord du Saint-Laurent (un jour on le fera c’est sûr !), puis prendre un bateau pour rejoindre la Gaspésie, puis descendre jusqu’au Nouveau Brunswick et la Nouvelle Ecosse, on a dû se résoudre à faire ce que beaucoup d’étudiants (québécois ou étrangers) font: le tour de la Gaspésie. Un classique donc, mais qui vaut sacrément le détour !

Petit point géo: la Gaspésie est une péninsule à l’Est du Québec d’une superficie de 30 000km². Elle est  entourée des eaux du fleuve Saint-Laurent au nord, du golfe Saint-Laurent à l’est et de la baie des Chaleurs au sud. Bref, l’eau n’est jamais bien loin. L’avantage de ce voyage est qu’il est possible de suivre la route côtière 132, qui offre une vue magnifique sur le fleuve et traverse de jolies bourgades aux maisons blanches, étirées le long de la route.

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Après avoir contacté quelques hôtes via Couchsurfing, nous avons donc pris nos gros sacs à dos, la tente et les matelas de fortune, puis pris un premier covoiturage entre Montréal et Québec, et un second entre Québec et Rimouski. A partir de là, nous n’avons fait que du stop, et rencontré une trentaine de conducteurs, tous plus sympathiques et originaux les uns que les autres. D’abord, la ville de Rimouski ne nous fit pas grande impression (la météo ne jouait pas en sa faveur puisqu’il faisait gris et pluvieux), mais nous étions déjà bien contents de quitter Montréal et de voir quelque chose de nouveau. La première nuit se fit chez une ado et sa maman, avec qui tout se passa très bien. Le lendemain, notre second Couchsurfeur vint nous chercher au Tim Hortons pour nous amener en campagne: près de Métis sur Mer. Malgré l’air chargé d’humidité et le ciel menaçant, nous nous sommes promenés dans le village et sur la plage. L’endroit était idyllique. Le jour suivant, c’est sous la pluie que nous avons attendu, le pouce en l’air. Direction Matane ! où une Couchsurfeuse nous attendait. Nous avons passé la soirée dans la célèbre microbrasserie de la ville, La Fabrique, avec nos hôtes. Le jour suivant fut le premier d’une longue série de jours ensoleillés. Nous arrivâmes bientôt à Sainte-Anne des Monts, où nous logeâmes dans l’auberge de jeunesse/camping Sea Shack. On y est resté trois jours pour se reposer et profiter du parc de la Gaspésie, tout proche, dans lequel nous avons fait une randonnée un peu difficile pour mes jambes déjà fatiguées… Mais la vue valait bien quelques heures de marche!

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Le parc national de la Gaspésie

C’est à Sea Shack qu’en sortant de la tente, un matin, je vis pour la première fois des dos de baleine affleurer à la surface de l’eau. C’était un spectacle magnifique dont je garde un précieux souvenir aujourd’hui. Malheureusement, ce fut trop rapide (et j’étais trop endormie) pour attraper l’appareil photo à ce moment-là ! L’étape suivante fut Grande Vallée où nous avons utilisé la tente pour la première fois, perchés tranquillement en haut d’une colline. Pour y arriver, il nous a quand même fallu attendre longtemps sur le bord de la route au croisement de l’Anse Pleureuse, car la plupart des véhicules prenaient la 198 vers le Sud plutôt que de continuer sur la 132. C’est finalement deux gars dans un camion qui nous ont déposé 30km plus loin (30km, ça semble être une éternité quand tu es enfermé à l’arrière d’un camion, et que tu as le temps de te faire plein de films peu réjouissants). On nous déposa ensuite à l’Anse au Griffon, où nous avons passé deux nuit à l’Auberge/Camping Griffon Aventure, absolument adorable avec son salon aux couleurs chaleureuses, sa grande cuisine, ses hamacs avec vue sur le fleuve et ses toilettes sèches. A partir de là, nous avons enfourché des vélos (loués auprès de l’auberge) et pris d’assaut le parc Forillon ! Autant vous dire que dans les côtes, je n’étais pas fière du tout. Contrairement au parc de la Gaspésie qui est fait pour la randonnée, le parc Forillon est parfait pour le vélo: une longue piste en terre relie la bourgade de l’Anse-au-Griffon à la plage de Penouille, proche de Gaspé. Même si l’aller fut difficile il en valait vraiment le coup. Déjà, on a vu un ourson ! De loin, certes, mais un ourson !!! (la petite tache noire juste en dessous:)

Le parc Forillon et la presqu’île de Penouille

En plus, la presqu’île de Penouille est magnifique et on était vraiment tranquilles ! C’est d’ailleurs quelque chose que j’ai oublié de dire mais qui est quand même très important: sur la côte Nord de la Gaspésie, on était sacrément peinards ! On a croisé peu d’autres backpackers, sauf dans les deux auberges bien sûr, et très peu de touristes. C’était moins le cas par la suite, et encore, pour ce coin qui est d’habitude touristique, on est vraiment bien tombés. Après toutes ces émotions, nous avons repris la route… Enfin, il nous a fallu faire demi-tour car personne ne nous prenait pour continuer sur la 132. On a finalement accepté la proposition d’un gentil monsieur, et il nous a emmenés dans l’autre sens, puis a coupé par la 197 pour rejoindre Gaspé. C’est avec une petite déception que nous n’avons pas vu le phare du Cap des Rosiers, à l’une des pointes de la péninsule.

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Arrivés à Gaspé, le mauvais temps nous a rattrapé ! Nous ne sommes restés qu’une nuit dans la capitale de la Gaspésie, qui ne nous a pas laissé de souvenirs mémorables. Mais je recommande une bonne adresse pour les potentiels futurs voyageurs: en période de vacances scolaires, le Cégep (l’équivalent de notre lycée) propose les chambres d’étudiants pour pas très cher. C’est simple, propre et très pratique. Nous sommes donc vite repartis pour Percé ! La destination phare de la péninsule avec ses jolies petites maisons, sa plage, son rocher percé et son île (Bonaventure, que nous n’avons pas eu l’occasion de voir à cause du mauvais temps). Grâce à Couchsurfing, nous avons logé dans le camping de François, le propriétaire du bar Les Sacs à vin. La haute saison n’avait pas encore commencé et nous étions les seuls, avec deux autres Françaises qui voyageaient dans tout le Canada. Notre séjour qui devait être court à Percé dura finalement quatre jours. La météo était vraiment mauvaise et on a eu la chance de pouvoir dormir dans une caravane prêtée par François. Durant ces quatre jours, on a fréquenté les pêcheurs de homards locaux, les descendants d’Indiens micmacs et autres fans de musique country. Je crois que je n’oublierai jamais ces quatre jours passés à Percé.

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Il nous a quand même fallu repartir, on attaquait alors la seconde moitié du voyage: le Sud de la Gaspésie, déjà un petit peu plus peuplée. Pourtant, cela devint plus difficile d’être pris en stop de ce côté-ci de la péninsule. Après un arrêt à Chandler, nous sommes allés à Bonaventure. Nous avons dormi au camping Cime Aventure et, le lendemain, avons descendu la rivière Bonaventure en canoë, avec les sacs à bord ! Ca, c’était vraiment une super expérience. La ballade était très belle, l’eau était sombre, la terre ocre et les sapins d’un joli vert. Une fois encore, nous étions seuls et avons pu pleinement profiter de cet instant magique.

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Ensuite ce fut New Richmond, Carleton sur Mer (où nous avons dormi sur un terrain de foot de façon très improvisée) et Matapédia. Je me rappelle moins de cette partie là et j’y ai pris moins de photo. Je me souviens juste précisément d’un conducteur très sympa qui, en apprenant qu’on était des touristes français, a fait un détour par le parc national de Miguasha et d’un autre, autochtone, qui ne parlait pas un mot de français mais écoutait du punk anglophone à fond dans sa voiture. Il y a aussi eu ce moment de grande solitude quand, trempés par la pluie, nous attendions sur un bord de route qu’une âme charitable nous amène plus loin, tout près d’un village autochtone. Les gens qui passaient, en quad, nous dévisageaient et avaient l’air de se demander ce que l’on faisait près de chez eux, alors que personne ne devait y passer en général. On a finalement été secourus par un professeur de français langue étrangère retraité qui avait justement donné des cours aux autochtones. Il a finalement dû arrêter car la province a décrété que les cours seraient donnés uniquement par des autochtones qui maîtrisaient le français. Il s’était ensuite reconverti dans la plantation d’arbres fruitiers et en avait des milliers. J’ai trouvé son parcours passionnant !

Nous avons finalement quitté le Sud de la Gaspésie en poursuivant sur la 132, qui coupe à travers les terres et file vers le Nord. Les montagnes se dessinaient de chaque côté et des rivières coulaient par-ci par-là, on avait quitté le fleuve mais c’était toujours aussi beau. Le retour fut un peu moins réussi, nous avons dormi planqués derrière un supermarché dans la ville de Mont-Joli puis enchaîné les autostops en une journée jusqu’à Montréal ! Mais sur la route, nous avons fait la connaissance de Mimi, une femme adorable avec qui nous avons discuté de mille et une choses (notamment du maïs transgénique) pendant les trois ou quatre heures de voiture et le hot-dog que nous partagés. La route jusqu’à Montréal s’était terminée dans le pick-up d’un drôle de bonhomme, pas franchement commode mais qui nous a bien dépannés ! J’étais assise à l’arrière sur un strapontin, la radio à fond dans les oreilles. Ce furent les trois heures les plus longues de ma vie…

Décidément, ce voyage fut une sacrée expérience. J’espère repartir un jour de cette façon, à la fois libres et dépendants de la bonne volonté d’autrui. Nous avons eu l’occasion de rencontrer des gens très différents, de par leur âge, leur profession, leur origine, qui nous ont fait découvrir leur Québec, leur Gaspésie à eux (j’espère avoir le temps d’écrire un article sur toutes ces personnes qui nous ont pris dans leur voiture, certains m’ont beaucoup marquée et je me souviens de leur nom, visage, profession deux ans après). Ce fut un voyage époustouflant tant par les paysages que par les échanges humains qu’il a suscité. Gaspésie, tu m’as fait rêver !

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